Plus on est diplômé, plus on risque de chômer longtemps au Maroc : c'est le paradoxe que révèlent les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP). Chez les 15-24 ans titulaires d'un diplôme supérieur, le taux de chômage dépasse 60 %, contre moins de 5 % pour les jeunes sans diplôme. Cet article fait le point sur les chiffres officiels les plus récents, les raisons structurelles de ce paradoxe, et les pistes concrètes — publiques comme individuelles — pour améliorer l'insertion professionnelle des jeunes diplômés.
Sommaire
- 1. Les chiffres du chômage des jeunes diplômés en 2026
- 2. Pourquoi le diplôme ne protège plus contre le chômage
- 3. Un chômage de longue durée qui s'aggrave
- 4. Ce que fait l'État pour améliorer l'insertion des jeunes
- 5. Les secteurs qui offrent de vraies portes de sortie
- 6. Pistes concrètes pour les jeunes diplômés
- Questions fréquentes
1. Les chiffres du chômage des jeunes diplômés en 2026
Selon la note annuelle du HCP sur la situation du marché du travail en 2025, le taux de chômage national s'est établi à 13 %, en léger repli par rapport à 2024 (13,3 %). Mais cette moyenne masque de fortes disparités : le taux de chômage atteint 37,2 % chez les 15-24 ans, contre 19,1 % pour l'ensemble des diplômés et seulement 4,7 % pour les personnes sans diplôme. Plus frappant encore : chez les jeunes de 15 à 24 ans titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur, le taux de chômage dépasse 60 %, un niveau plus de deux fois supérieur à la moyenne des jeunes actifs.
Une nouvelle enquête, l'EMO 2026, a été lancée par le HCP au premier trimestre 2026 selon les standards les plus récents de l'Organisation Internationale du Travail. Elle donne des résultats sensiblement différents pour la même période : taux de chômage national à 10,8 %, et taux chez les 15-24 ans à 29,2 %. Cet écart s'explique par un changement de méthodologie de mesure plutôt que par une amélioration brutale de la situation ; dans les deux cas, les jeunes et les diplômés du supérieur restent, de loin, les catégories les plus exposées au chômage.
2. Pourquoi le diplôme ne protège plus contre le chômage
Le HCP pointe une inadéquation persistante entre les filières de formation et les besoins réels du marché du travail. Une partie des jeunes diplômés est aujourd'hui considérée comme surqualifiée par rapport aux postes disponibles, ce qui retarde leur intégration professionnelle plutôt que de la faciliter. À cela s'ajoute un volume d'offres d'emploi qualifié insuffisant face au nombre de candidats, en particulier dans les grandes villes où se concentrent la majorité des diplômés du supérieur.
Le chômage touche aussi très majoritairement les primo-demandeurs d'emploi : plus d'un tiers des personnes au chômage s'y retrouvent directement après l'arrêt ou l'achèvement de leurs études, sans expérience professionnelle valorisable sur le marché. C'est un cercle difficile à briser : sans première expérience, l'accès à un premier poste reste plus compliqué, quel que soit le niveau du diplôme obtenu.
3. Un chômage de longue durée qui s'aggrave
Au-delà du taux global, la durée du chômage se dégrade : en 2025, la part des chômeurs n'ayant jamais travaillé est passée de 49,3 % à 52,9 %, et celle des personnes au chômage depuis un an ou plus, de 62,4 % à 64,8 %. La durée moyenne de chômage a ainsi progressé de 31 à 33 mois sur la période. Un chômage aussi prolongé fragilise l'employabilité avec le temps : plus l'inactivité se prolonge, plus les compétences perçues comme à jour par les recruteurs s'érodent, ce qui alimente un cercle vicieux difficile à enrayer sans intervention ciblée.
4. Ce que fait l'État pour améliorer l'insertion des jeunes
Face à ce constat, le gouvernement a présenté fin janvier 2026, lors du Conseil de gouvernement du 29 janvier, un projet de loi visant à renforcer l'insertion professionnelle des jeunes. Le texte élargit le champ des entreprises éligibles aux dispositifs d'aide à l'embauche : entreprises industrielles et commerciales, sociétés de services, artisanat, immobilier, mais aussi exploitations agricoles et forestières, jusque-là moins couvertes par ces mécanismes. L'objectif affiché est d'inciter davantage d'employeurs, y compris en dehors des grandes métropoles, à recruter de jeunes primo-demandeurs.
Ces nouvelles mesures s'ajoutent aux dispositifs existants pilotés par l'ANAPEC, comme les programmes d'aide à la première insertion et à la formation-adaptation des jeunes diplômés aux besoins des entreprises, ainsi qu'aux efforts de l'OFPPT pour rapprocher les parcours de formation professionnelle des filières réellement en tension sur le marché.
5. Les secteurs qui offrent de vraies portes de sortie
Certains secteurs continuent de recruter activement des jeunes diplômés, ce qui en fait des portes de sortie réalistes face au chômage de longue durée. Le numérique et les métiers de la donnée restent en tension, portés par le développement des entreprises tech et du nearshoring. Le BTP, l'hôtellerie et le tourisme vont accélérer leurs recrutements dans les prochaines années dans la perspective de la Coupe du Monde 2030, qui devrait générer entre 70 000 et 120 000 emplois d'ici l'événement. La banque et l'assurance, bien que plus sélectives, continuent également de recruter en nombre sur les métiers de réseau comme sur les fonctions techniques.
6. Pistes concrètes pour les jeunes diplômés
- Se former sur les compétences en tension plutôt que de miser uniquement sur le diplôme initial : certifications courtes en data, cloud, digital marketing ou langues étrangères, souvent accessibles en ligne ou via l'OFPPT
- Passer par un stage ou une alternance pour obtenir une première expérience valorisable, même non rémunérée au départ, plutôt que d'attendre le poste idéal directement après le diplôme
- Envisager le statut d'auto-entrepreneur pour tester une activité freelance en parallèle d'une recherche d'emploi classique, en particulier dans les métiers du digital et des services
- Élargir sa recherche géographique, les grandes métropoles étant souvent saturées en jeunes diplômés alors que certaines régions manquent de profils qualifiés
- Mobiliser les dispositifs publics d'insertion de l'ANAPEC, qui restent sous-utilisés par une partie des jeunes diplômés faute d'information suffisante sur leur existence
Questions fréquentes
Pourquoi les jeunes diplômés marocains chôment-ils plus que les non-diplômés ?
Principalement à cause d'une inadéquation entre les filières de formation et les besoins réels des entreprises, d'un volume d'offres qualifiées insuffisant dans les grandes villes, et d'un phénomène de surqualification qui complique l'accès à des postes jugés en dessous du niveau de diplôme obtenu.
Pourquoi les chiffres de chômage 2026 varient-ils autant selon les sources ?
Le HCP a changé de méthodologie d'enquête en 2026 (EMO 2026, alignée sur les nouvelles normes de l'Organisation Internationale du Travail), ce qui donne des taux plus bas que l'ancienne enquête pour une situation économique globalement comparable. Il faut donc comparer les chiffres avec la même méthodologie pour suivre une véritable tendance.
Quels secteurs recrutent le plus les jeunes diplômés actuellement ?
Le numérique, le nearshoring, la banque-assurance et, dans les prochaines années, le BTP et l'hôtellerie-tourisme portés par la Coupe du Monde 2030, comptent parmi les secteurs qui recrutent le plus activement des jeunes diplômés.
Existe-t-il des aides publiques pour faciliter l'embauche des jeunes diplômés ?
Oui, l'ANAPEC pilote plusieurs dispositifs d'aide à l'insertion professionnelle, et un nouveau projet de loi présenté en janvier 2026 élargit les incitations à l'embauche à davantage de secteurs, dont l'agriculture et l'artisanat.
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Les chiffres cités dans cet article proviennent des notes d'information officielles du Haut-Commissariat au Plan (HCP) relatives à la situation du marché du travail en 2025 et au premier trimestre 2026 ; ils sont susceptibles d'être révisés lors des prochaines publications.